Ce drive piéton mérite un...
zéro de conduite !
D’aucuns diront que c’est là se réveiller un peu tard, le concept ne datant pas exactement d’hier. Mais que voulez-vous ? On ne peut être à la fois au four des courses et au moulin des dictionnaires…
Arriver comme les carabiniers ne fait d’ailleurs qu’attiser notre incompréhension : on n’a pas entendu grand monde s’étonner que l’anglomanie ambiante nous fasse une fois de plus dire n’importe quoi. Si l’oxymore (ce mariage contre nature de deux mots incompatibles) a son charme en poésie (Ah ! cette « obscure clarté » que l’auteur du Cid faisait tomber des étoiles !) et la cote à l’oral du bac (le candidat n’aimant rien tant qu’user de vocables ronflants pour épater l’examinateur), dans l’univers pragmatique de la grande distribution il relève plus souvent de l’expression paresseuse que du talent littéraire.
Comment, en effet, un drive (dans la langue… véhiculaire, « conduire ») pourrait-il, dans un monde présumé cartésien, se faire piéton ? Nous nous étions arrangés de ce drive-in (que seuls des Québécois parviennent à rhabiller en ciné-parc) avec d’autant plus de magnanimité que cette façon de s’offrir une toile sans quitter sa voiture n’a jamais fait fureur sous nos latitudes. Nous nous étions faits à ce McDrive où l’on distribue hamburgers à la volée et frites au volant. Nous avions succombé au plaisir rare de voir les lots de bouteilles d'eau minérale atterrir dans notre coffre sans avoir à s’esquinter les deltoïdes. Mais maintenir ledit drive en l’absence de voiture, n’est-ce pas aussi fou que de croire à un « steak végétal » ou de s’accrocher au pinceau quand l’échelle se retire ?
Voilà qui vient du moins confirmer ce que, pour l’oublier quelquefois, on pressent depuis toujours : quel médaillé d’or de half-pipe aimerait devenir champion olympique de « demi-tuyau » ? L’emprunt d’un mot étranger, c’est un peu d’exotisme dans un monde de platitudes. La traduction littérale de pedestrian drive dispense de réfléchir : il suffit de se laisser bercer par la musique bêlante des éternels moutons de Panurge. Faute de pouvoir les compter, on peut compter sur ceux-là pour nous endormir !




