Quand la problématique
devient un problème...
Faute de toujours constituer une réponse efficace aux dérives langagières que vous savez, cette chronique — et c’est bien là le principal ! — n’en est pas moins le prétexte récurrent à de nouvelles questions…
Témoin celle que nous a, sinon posée, du moins suggérée un lecteur dimanche dernier, à peine publié notre article sur les adjectifs qui virent substantifs : quid, demande-t-il, de l’inflation dans le discours ambiant de la problématique ?
Voilà un mot qui fait en effet florès, et pas seulement dans les copies de nos futurs bacheliers, appelés, s’ils ne veulent pas être reçus quand même, à en dégager une dans l’intro de leur dissertation, quitte, évidemment, à n’y plus penser par la suite. Il abonde tout autant dans le jargon du « sachant », jamais en retard d’un terme ronflant pour meubler ses expertises, comme d’ailleurs du citoyen lambda, toujours prompt à s’insurger au micro contre ces politiciens qui « restent sourds à ses problématiques ». C’est que, en fût-on réduit à manger des merles, on peut toujours parler grives.
Notre lecteur a raison : voilà un mot qui s’est d’abord borné à jouer les adjectifs, pour qualifier ce « qui pose un problème ». Il n’aura pas fallu attendre moins de cinq siècles pour que la grenouille se fasse bœuf en accédant à la catégorie reine du substantif, pour désigner l’« art de poser les problèmes » ou un « ensemble de problèmes étroitement liés ». Deux acceptions visiblement indignes de ses ambitions puisque, de plus en plus, la boutade optimiste « Il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions » tend à devenir réalité : aux derniers nommés la trivialité du torchon, à la problématique le luxe empesé de la serviette…
Au demeurant, ce ne serait pas la première fois que des vocables qui avaient jusque-là pignon sur rue se voient exproprier par des nouveaux venus plus sexy : la moindre méthode est désormais rhabillée en méthodologie, la technique la plus rudimentaire passe aujourd’hui pour de la technologie. Pas sûr que cela aide le prof de 4e techno de Serge-Gainsbourg à prendre son métier pour le plus beau du monde, mais on ne prête qu’aux mots riches !




