Les nouveaux monstres
de Linguistic Park

< dimanche 25 janvier 2026 >
Chronique

On connaissait l’« arborigène », l’« aéropage », la « rénumération » : de quoi, déjà, « omnibuler » un chroniqueur de langue et lui valoir un « infractus ». Mais que dire de la décade qui vient de s’écouler ?

C’est en premier lieu, le 17 au soir, un ancien président du MEDEF qui vient, sur le plateau de BFM TV, évoquer le déficit « abyssinal » que doit affronter notre malheureux pays. N’allons pas lui jeter la pierre : à situation exceptionnelle, vocable inédit ! Quand le fond semble atteint, grande est la tentation de creuser, non ? Jacques Chirac n’en avait-il pas fait autant quand, pour aider les accusations qui pesaient sur lui à faire pschitt, il avait préféré abracadabrantesque au trop banal abracadabrant ? Du moins l’adjectif existait-il, Rimbaud avait depuis longtemps le même dans sa maison des Ardennes.

Empressons-nous néanmoins de calmer les puristes tentés de rappeler qu’abyssal eût ici suffi à la tâche : un coup d’œil à la Toile nous apprendrait que Geoffroy Roux de Bézieux n’a rien inventé et que le « trou abyssinal » a servi à plus d’une opposition pour stigmatiser la gestion par trop dispendieuse de plus d’une majorité. Voilà pourtant un néologisme à consommer avec modération en ces temps politiquement corrects : l’Abyssinie ayant désigné par le passé une région de l’Éthiopie, mieux vaudrait ne pas laisser croire qu’une gestion désastreuse des deniers publics est une spécialité africaine !

Moins scabreux, mais aussi croustillant, le dérapage d’un chroniqueur de la chaîne L’Équipe, le lendemain soir : cet ancien du LOSC n’a-t-il pas qualifié de « cohubohu » (orthographe non garantie, les propos n’étant pas sous-titrés) l’indescriptible chaos qui a régné dans les dernières minutes de la finale de la Coupe d’Afrique des nations ? Là encore, l’indulgence s’impose. D’abord parce que l’étymologie de tohu-bohu, même pour les initiés, ne fait pas vraiment dans l’eau de roche. Ensuite, n’est-il pas tentant d’y voir un rapport avec la cohue, habituel prodrome dudit chaos ?

C’est égal : qu’est-ce qu’on se marre, dès lors qu’on laisse traîner l’oreille sur la margelle des étranges lucarnes !