Quand passent les suffixes :
Vigilance, Repentance, Résilience !

< dimanche 18 janvier 2026 >
Chronique

Si les frontons de nos mairies s’obstinent à entretenir ce qu’il reste de flamme, le temps n’est plus à ces devises d’hier qui claquaient fièrement au vent, laissant espérer des lendemains meilleurs.

À la rime masculine — pour ne pas dire mâle — en -té, laquelle fit les beaux jours (et les moins beaux) de notre République, s’en substitue de plus en plus une autre, féminine celle-là, et donc plus modeste. Est-ce vraiment un hasard si ce sont les suffixes -ance et -ence qui coiffent les trois totems de la société moderne : vigilance, repentance, résilience ? C’est beau comme du Verlaine… Un peu triste aussi, nasales obligent.

Vigilance, d’abord. Ce n’est pas demain, la veille, c’est aujourd’hui ! Et elle est partout. Lisez les étiquettes avant d’acheter. Bouclez votre ceinture. Faites-vous vacciner. Éternuez dans votre coude. Installez une alarme. En cas de phénomène météorologique exceptionnel (trop chaud, trop froid, trop de pluie, pas assez), soit chaque semaine ou presque, évitez les arbres, prenez garde aux tuiles, hydratez-vous. Mieux : restez chez vous. Plus qu’on ne vit, on s’applique à survivre.

Repentance, ensuite. Si le présent a toujours été difficile, et l’avenir rarement rose, il nous faut dorénavant endosser un passé qui, contrairement à ce que prétendait une série documentaire des années 70, ne comporte pas que de bonnes adresses : colonialisme, impérialisme, esclavagisme, machisme… Les arcs suscitent moins de triomphe que de gêne, les Trente Glorieuses ont fait place à cinquante piteuses.

Résilience, enfin. Comme si, la vigilance étant tôt ou tard appelée à nous faire défaut, mieux valait se faire à l’idée qu’il faudra de toute façon se reconstruire un jour. Quand nos anciens avaient tiré de cette nécessité inhérente à notre condition mortelle un stoïcisme qui n’était pas sans grandeur, nous préférons, pour notre part, nous gargariser d’un vocable longtemps voué à désigner la résistance au choc d’un vulgaire matériau !

Nous resterait bien... l’intelligence. Mais ne vient-elle pas elle-même d’abandonner l’humain pour l’artificiel ?