La France a (vraiment)
un incroyable talent !

< dimanche 21 décembre 2025 >
Chronique

Par ces temps de débâcles politique, économique, pédagogique, linguistique et, pour tout dire, civilisationnelle, bref, dans le livre de notre jungle actuelle, il en faut peu pour être heureux. Deux lignes suffisent.

Premier éclair dans un ciel désespérément terne : l’oscar du jeu vidéo (le GOTY, « Game of the year », mais c’est tout comme) récemment décerné, pour son coup d’essai, à un studio montpelliérain au nez et au pixel des grosses machines américaines et japonaises. Passage de la seconde lame (de mousquetaire ?) avant même que nos poils hérissés de bonheur n’aient eu le loisir de se rétracter, cette pub d’une enseigne française de grande distribution, devenue en quelques jours un succès planétaire.

Celle-ci a pour fond sonore un air de Cloclo, celui-là pour décor une Belle Époque riche en bérets, baguettes et flonflons d’accordéon : une France que d’aucuns trouveront au mieux ringarde, au pis rance, la détestation de soi et l’autodénigrement ayant pris chez nous le pas sur la fierté, alors qu’à l’évidence elle fait un tabac sur les marchés extérieurs. Cherchez l’erreur !

Autre point commun entre ces deux divines surprises de Noël : le bras d’honneur adressé à l’intelligence artificielle puisque l’une comme l’autre ne lui doivent rien. Quoi qu’il leur en ait coûté — mais ne sont-ils pas remboursés au centuple ? —, développeurs et publicitaires susdits ont préféré s’en remettre à l’intelligence, à l’émotion, à la créativité humaines. Près d’un milliard de vues ici, onze nominations et neuf prix là : cela ressemble à une victoire par K.-O.

Le rapport avec la langue ? il nous semble être partout. C’est que le remède à nos malheurs actuels pourrait bien tenir en deux mots. Plus de France, d’abord : s’il sied bien d’« approfondir sa communion », « cultiver sa différence » n’est pas moins crucial pour peu l’on ne veuille pas se dissoudre dans la mondialisation. Plus d’homme, ensuite : les facilités de l’IA d’aujourd’hui, ce sont la dépendance et la servitude de demain. Une culture, la maîtrise d’une langue, ça ne se convoque pas, ça s’acquiert. Laborieusement, mais durablement.