À quand le « Mois sans anglais » ?
Nous l’ont-ils suffisamment répété, ces linguistes que pour une fois rien n’atterre, que les « emprunts » à l’anglais ne doivent point nous émouvoir : ce serait là la preuve que notre langue est et reste vivante !
Et de reprendre la litanie, aussi connue que convenue, selon laquelle une langue s’enrichit en s’ouvrant. Et de s’appuyer sur les siècles passés pour conclure, sans appel possible, qu’une langue qui n’échange pas est une langue qui meurt. D’aucuns, s'appropriant la formule de Clemenceau qui faisait de la langue de Shakespeare du « français mal prononcé », rappellent même, et avec raison, que l’anglais comporte de son côté nombre de termes bien de chez nous…
Peut-être. Mais ça, c’était avant. Au déni qui va bien et permet aux autruches de prospérer, Michel Feltin-Palas, dans un livre publié aux éditions Héliopoles, oppose les statistiques d’aujourd’hui. Glaçantes. Si 115 mots anglais ont trouvé place dans les Petit Larousse et Petit Robert de 2020 à 2022, aucun mot français n’a reçu de bon d’entrée dans l’Oxford English Dictionary au cours du dernier… quart de siècle ! Et les linguistes osent, sans rire, nous parler d’échange ?
S’il se défend de la moindre rancœur envers la langue anglaise en tant que telle, Michel Feltin-Palas préfère, lui, parler de domination et de soumission. D’une balance commerciale qui accuse un tel déficit, il retient surtout le fléau, comme le danger qu’elle fait courir à la diversité culturelle. Cet ardent défenseur des langues régionales ne connaît que trop le sort réservé aux idiomes qui, par pragmatisme, snobisme ou mimétisme, toute honte bue et cul sec, se soumettent : la disparition pure et simple.
Lire C’est quoi déjà le mot en français ? devrait relever du devoir civique. Ce livre n’a pas son pareil pour poser les bonnes questions, y compris celles qui fâchent. Une seule pour la route ? Comment le pays de Dior, de Courrèges et de Saint Laurent peut-il tolérer que les défilés qui se tiennent sur son sol se réclament d’une « Fashion Week » ? Pas sûr que suffise à nous consoler le fait que ladite « fashion » descend de notre façon…




