Orthographe :
paillettes du mot ou grain des choses ?

< dimanche 14 décembre 2025 >
Chronique

Il est des dérapages orthographiques qui, loin de trahir seulement distraction ou ignorance, en disent beaucoup plus long sur les dérives et les incompréhensions de notre société d’aujourd’hui…

Témoin celui que, par le plus grand des hasards, nous avons relevé sur la Toile, dimanche dernier aux aurores. À la suite du sacre de Miss Tahiti, une journaliste du HuffPost y laissait entendre ce que chacun peut du reste imaginer sans peine, à savoir que, derrière les sourires convenus et l’unanimité de façade, les reines de beauté se livrent souvent une guerre sans merci, et que cette année n’avait pas fait exception à la règle : « Les trente candidates de la nouvelle promotion, se demandait-elle, seraient-elles moins polissées que les précédentes ? »

Reconnaissons que la faute, sans doute dénoncée par un lecteur plus courageux que nous, a promptement disparu des radars, faisant place à un « policées » de meilleure facture. De toute façon, il s’agit moins ici de blâmer que d’expliquer.

Il est peu probable que le célèbre film de Maïwenn, Polisse, y soit pour quelque chose. Quand ce titre iconoclaste en aurait surpris plus d’un en son temps, il a été suffisamment rabâché par la réalisatrice que la faute, digne d’un écolier et bien sûr voulue, outre qu’elle lui permettait de se démarquer de l’œuvre homonyme de Maurice Pialat, cadrait à merveille avec son sujet : le quotidien de la Brigade de protection des mineurs. A pu faire illusion, en revanche, la conjugaison du verbe polir  : ce dernier, signifiant « rendre lisse, débarrasser de ses rugosités », ne ressemble-t-il pas à une publicité de choix pour le « vivre-ensemble » ? Telle n’est pourtant pas l’origine de ce policé, plus proche de la cité grecque (polis) et — qui l’eût cru ? — de la politique. De notre police aussi, même si certains, mêlant leurs lumières à celles de la fête lyonnaise, prétendaient à la même heure qu’elle « blesse et tue ». L’occasion de rappeler que pour l’étymologie, et en ces jours parfois plus proches de l’état de nature que de la civilisation, ladite police reste au service de cette dernière.