Un tiens vaut mieux
que deux tu lâcheras !

< dimanche 30 novembre 2025 >
Chronique

Gageons que ce bon La Fontaine ne nous en voudra pas d’avoir, pour les besoins de ce titre, parodié là une de ses morales. C’est en effet pour la meilleure des causes : satisfaire la curiosité de deux de nos lecteurs...

Ce couple de Dunkerquois s’interroge sur la validité d’un tour qui prospère à la veille d’un derby : « Tu tiens avec Lille ou avec Lens ? » À y bien réfléchir, cela ne veut rien dire ! Madame, une allogène bon teint, va jusqu’à affirmer qu’elle ne l’a jamais entendu prononcer qu’à Boulogne… Rassurons d’emblée cette dernière : le Flamand qui trace ces lignes le connaît depuis toujours. La question a d’ailleurs réveillé en lui des souvenirs de récréations, à l’heure fébrile de former des équipes ou, à tout le moins, de miser sur la victoire de l’une ou de l’autre. Et ne lui arrivait-il pas naguère encore, à la moindre escarmouche conjugale, de pester contre ce fils qui « tenait toujours avec sa mère » ?

Si, loin de nos bases septentrionales, cette façon de parler déconcerte tant, c’est peut-être tout bonnement que le français standard en pince plutôt pour « tenir pour » : Trésor de la langue française et Dictionnaire de l’Académie y voient un synonyme — tout à fait présentable, lui ! — de « croire au succès de quelqu’un ou de quelque chose », « être du parti de quelqu’un, être partisan de quelque chose ». Mais cette confusion de prépositions ne tiendrait-elle pas... à l’existence d’une tournure plus familière encore, et qui résonnait tout autant sous les préaux de notre enfance : « faire avec » ? Tu fais avec Poulidor ou avec Anquetil ?

« Plus familière encore », venons-nous d’écrire, et ce diable de faire, verbe passe-partout s’il en fut jamais en français, n’y est certes pas pour rien. Pourtant, il semblerait que la Rome antique ne fût pas si loin. Que lisons-nous en effet sur certains sites consacrés à l’étymologie ? que la locution facere cum aliquo (littéralement, « faire avec quelqu’un », mais vous aviez compris !) est à l’origine de notre faction d’aujourd’hui, « réunion de plusieurs individus pour agir en fonction de leurs intérêts communs »... La boucle n'est-elle pas bouclée ?