Le nouveau proverbe :
à malin, bénin et demi !

< dimanche 9 novembre 2025 >
Chronique

Voilà vingt ans que nous nous agaçons ici de la propension à féminiser l’adjectif malin en ne lui ajoutant qu’un e. Témoin le Gillette Sensor 3 d’alors, qui n’hésitait pas à nous raser avec ses « idées malines ».

L’honnêteté nous oblige à dire que les publicitaires de Gillette ne sont pas les seuls à ne pas jouir d’une orthographe au poil : Verlaine et Zola eux-mêmes s’y seraient trompés ! Une rumeur d’Orléans aurait même pris corps depuis lors, réservant maligne à la malveillante tumeur, maline à l’astucieuse petite dernière qui n’a pas froid aux yeux. Plutôt bien joué, mais s’il fallait vraiment que la graphie d’un mot varie au gré de ses acceptions, notre orthographe serait un autre épouvantail que celui d’aujourd’hui ! D’ailleurs, les digues de nos dictionnaires ont jusqu’ici tenu : aucun n'a entériné la variante félonne.

En entrée du moins. À l’exception de celui de l’Académie, nombreux sont en effet les dictionnaires qui, comme le poil de Gillette, se… rétractent dans le corps de l’article. « En parlant d’une personne, lit-on dans le Petit Larousse, la forme fém. maline tend à se substituer à maligne. » Même son de cloche dans le Trésor de la langue française dès lors qu’il s’agit de qualifier ce « qui fait preuve d’ingéniosité, de ruse, de roublardise ». Quant au Petit Robert, il glisse subrepticement un FAM. MALINE derrière l’exemple « Elle n’est pas très maligne ». Le fruit a encore belle allure, mais le ver est dedans.

Cela dit, il y a aussi inquiétant que le malin, le bénin lui taillant désormais des croupières : faites seulement quelques pas sur la Toile, vous trouverez sur France 3 la tumeur « bégnine » de la hanche de Camille Lacourt, dans Ouest-France la maladie des griffes du chat (a priori « bégnine » chez un sujet en bonne santé), dans Notre temps le méningiome (tumeur « bégnine » de la femme la plus fréquente »), dans La Dépêche le traitement de l’hypertrophie « bégnine » de la prostate par laser, sur Radio France cette infection virale souvent « bégnine » qu’est la cinquième maladie. On ne supprime plus le g, on ne fait cette fois que le déplacer. Suffisant pour que ce soit moins grave ?