La faute à pas de chance ?
Un singulier des plus... singuliers !
S’il est une faute que nous aimerions rencontrer moins souvent, sans doute parce qu’elle insulte le bon sens plus encore que la grammaire, c’est bien celle que nous évoquons ci-dessous.
Qu’avons-nous lu en effet, à l’occasion du retour sur France 2 du jeu animé par Cyril Féraud, « 100 % logique » ? qu’un « enfant de huit ans [y] a autant de chance de gagner qu’un adulte de quatre-vingts », sous prétexte que la réponse est sous nos yeux. Pas faux, à ceci près que le pluriel aurait dû s’imposer à chance. Non que le singulier soit exclu après autant : votre serviteur espère du reste que la lecture de sa chronique procure autant de… plaisir à ses ouailles que leur en vaut celle de la savoureuse recette toute proche !
C’est seulement que l’on s’est, en l’espèce, trompé de chance : il ne s’agit pas cette fois de la baraka, de cette chance que l’on nous presse de « tenter » quand, au beau milieu d’une émission, on se voit offrir mille euros chaque mois pendant cinq ans, pour peu que l’on sache dire combien font deux et deux. Il est bien plutôt question ici de la « probabilité que quelque chose se produise ». Et, pour autant que nous sachions, nous n’avons pas « de la chance de gagner aux miroirs aux alouettes susdits » (ou alors dans un tout autre sens, qui ressortirait au pléonasme), mais bien des chances d’y gagner, quelque infimes qu’elles fussent, eu égard au nombre de participants qui savent encore combien font deux et deux ! Qui a dit que le niveau baissait ?
Ce fichu mot chance porte surtout… la poisse ! Combien de puristes qui feraient mieux de s’ignorer se récrient contre un tour comme « les chances que l’on a de mourir en avion », y voyant une contradiction manifeste entre la nuance prétendument positive de chance et la dimension par essence funeste de la mort en question ? Mais c’est ignorer que ladite chance n’était rien d’autre à l’origine que la « manière, favorable ou défavorable, selon laquelle un événement se produit ». À quoi servirait-il de souhaiter bonne chance si, par définition, celle-ci était toujours bonne ?




