L'amiante : un fléau sanitaire,
mais aussi grammatical !
Avec la proposition de loi déposée récemment par quatre sénateurs du Nord et du Pas-de-Calais pour la création d’un pôle public d’éradication des déchets, l’amiante revient au premier plan de l’actualité.
L’honnêteté nous oblige à dire ici que ce n’est toujours pas sans dommage pour l’amour-propre mâle de l’intéressé : « L'amiante est loin d'avoir disparu. Elle serait présente dans 90 % des bâtiments construits avant 1997 » (Ici Nord) ; « De l’amiante retrouvée dans les locaux de La Poste » (Ici Paris Île-de-France) ; « Dans les années 1970, l’amiante avait été utilisée à grande échelle dans la construction » (La Nouvelle République) » ; « Massivement utilisée dans les années 1970 et aujourd'hui interdite, l'amiante est toujours très présente dans les bâtiments, notamment publics » (France 3 Paris Île-de-France). Et ainsi de suite…
Nous n’ajouterons pas à cette liste le titre malicieux du Canard enchaîné, « La cathédrale Notre-Dame et l’amiante religieuse », après la découverte de l’indésirable dans ses vitraux, lors de la restauration que vous savez. Le calembour ne pouvant fonctionner qu’au féminin, on préférera se dire que la grammaire a été là sciemment sacrifiée sur l’autel d’un humour ô combien répandu dans la maison (on parle du journal) ! Nous nous plairons aussi à reconnaître, et d’autant plus volontiers que cela nous porterait à croire que nos efforts n’ont pas été vains depuis trente ans, qu’il y a du mieux dans les grands titres de la presse écrite.
Cela dit, il reste du travail. Ce maudit amiante a contre lui — outre sa syllabe féminine à l’arrière-train et sa voyelle à l’initiale, laquelle le voue à une élision qui a tout du déterminant féminin — une flopée de paronymes, légitimement du beau sexe ceux-là, et qui poussent ouvertement au meurtre : amante, aimante, amande, amende… Comment voulez-vous que l’usager paresseux, plus prompt à interroger son oreille que son dictionnaire, s’y reconnaisse ?
On signerait pourtant des deux mains pour enregistrer les mêmes avancées sur le terrain, autrement crucial et douloureux, du sanitaire !




