Le mot juste... et celui qui va bien !

< dimanche 28 septembre 2025 >
Chronique

Nos vocables ont un sens, et mieux vaut ne point trop s’en écarter si l’on ne veut pas mettre en péril la clarté d’une communication qui souffre déjà mille morts par ces temps qui courent au-devant de l’à-peu-près.

Quel moustique tigre m’a donc piqué pour que je traite de « paisible bourgade flamande » l’endroit où je suis né ? Je suis pourtant payé (pas assez, sans doute !) pour savoir que la bourgade est un « petit bourg », ce qui pulvérise le record de l’euphémisme pour une ville qui pèse quand même ses vingt et un mille âmes. Je ne suis pas davantage censé ignorer les racines provençales dudit mot : de l’avoir marié à flamand pourrait bien me valoir une entrée fracassante au Guinness, sous la rubrique « Oxymore », cette fois…

La sanction n’a pas traîné, élégante mais ferme. C’est que l’univers du chroniqueur de langue a tout de celui, impitoya-a-ble, d’une autre bourgade, texane celle-là, et un peu moins paisible : Dallas ! Un lecteur breton (mais oui !) — de ceux qui, pour avoir des chapeaux ronds, n’en ont pas moins les pieds sur terre — ne me l’a pas envoyé dire : « Un afflux de deux cents personnes dans une paisible bourgade, constate-t-il finement, mais c’est une population qui double, au bas mot ! » Que dire pour sa défense, après ça ? que le grand Pagnol en a fait presque autant pour La Gloire de (son) père en voyant dans Aubagne une « bourgade de dix mille habitants » ? Je ne mange pas de ce pain-là.

Peut-être que, pour le coup, la ville sentait trop le gazole, la cité les fortifications, la commune les élections municipales. Qu’il importait de se faire humble devant New York, comme le « petit Liré » de Du Bellay face à Rome. Que l’éclatant suffixe -ade, promesse de soleil pour le jour dit, me dispenserait de porter des œufs à sainte Claire. Pour paraphraser Valéry, nos mots ont le sens qu’on leur prête, et qui n’est pas toujours celui du dictionnaire : il se nourrit du contexte, du sous-texte, des intentions du moment. De tout ce qui fait, au fond, qu’une langue vit. Ni Larousse ni Robert ne seront jamais goncourables…

Bref, j’ai juré, et pas si tard, qu’on m’y prendrait encore.