Quand la langue est en berne,
y a-t-il vraiment de quoi pavoiser ?
Le chroniqueur de langue n’a pas à prendre part au débat qui a agité classe politique et opinion publique il y a quelque quinze jours : sied-il d’orner nos mairies de drapeaux autres que celui de la France ?
Il est en revanche dans son rôle en s’alarmant de la maîtrise toute relative dont la gent médiatique fait preuve quand elle use de pavoiser. Ledit verbe avait pourtant tout pour plaire puisque, bon prince, il se prête aux constructions transitive et intransitive. On peut en effet l’employer absolument, entendez sans complément d’objet direct : le jour du bac, les reçus ne se privent pas de pavoiser, autrement dit de triompher, quand ils ne font pas partie des huit pour cent de recalés. Dans une acception plus restreinte et autrement argotique, est même censé pavoiser un boxeur saoulé de coups dont le visage saigne abondamment !
Mais on peut aussi, au sens de « garnir de drapeaux », le flanquer d’un COD. On est alors fondé, dans le cadre d’une fête ou d’une victoire, à pavoiser tout ce qui bouge ou plus souvent ne bouge pas : un monument, une rue, un bateau… voire soi-même. Ne disait-on pas naguère d'un marin qui se mettait sur son trente et un le dimanche qu'il s'empavoisait ? La seule chose qu’il soit exclu de pavoiser, c’est un drapeau, l’opération fleurant alors (bon ?) le pléonasme.
Visiblement, l’odeur n’incommode pas tout le monde : « Olivier Faure a appelé les édiles à faire pavoiser le drapeau palestinien » (Le Huffington Post) ; « Une ville n'est pas obligée de pavoiser le drapeau français sur le fronton de sa mairie » (Paris-Normandie) ; « …une proposition de loi qui obligerait à pavoiser le drapeau européen sur les mairies » (Libération) ; « Il est assez logique de pavoiser le drapeau d’un pays que l’on vient de reconnaître » (La Dépêche). Un lecteur a même prétendu que notre journal préféré serait du nombre, mais allez le croire...
Le moins amusant n’est pas, pour quiconque a l’œil et a remarqué le décalage significatif entre la première mouture des articles (laquelle subsiste sur la page de recherche) et la rectification, l’arrivée aussi tardive que massive de substituts en tout genre (accrocher, arborer, déployer, hisser). À quelque chose bourde est bonne : on aura extrait du tiroir son dictionnaire de synonymes !




