Rouvrir la parenthèse enchantée...
Vous êtes de ceux qui ont jadis séché sous la houlette de Bernard Pivot ? Vous vous languissez de ses « Point final, je relis » ? Avec le recul, sa dictée vous apparaît comme une autre parenthèse enchantée ?
À l’inverse, pour être né trop tard dans un monde trop vieux, vous ne connaissez que par ouï-dire ces grand-messes de la langue qui, deux décennies durant, et de Paris à New York, ont fait les beaux jours d’Antenne 2 et de FR3 ? Que les nostalgiques de l’encre violette et de la plume Sergent-Major se réjouissent : la dictée sera de retour dans deux semaines ! Tout près de chez vous, à Hazebrouck, paisible bourgade que rien ne prédisposait, a priori, à être le théâtre d’une telle résurrection, à voir l’un de ses enfants devenir champion du monde d’orthographe encore moins.
Mais comment bouder les hasards du calendrier ? Le dimanche 5 octobre, il y aura quarante ans, jour pour jour, que l’animateur d’Apostrophes lisait au micro de RTL le texte de sa première finale. Son appel de Londres à lui, quoi, histoire de nous persuader que, si le français était en train de perdre une bataille face à l’anglais, il n’avait pas encore perdu la guerre ! L’occasion ou jamais de rendre hommage à celui qui, à force d’humour et d’entregent, allait réconcilier tout un peuple avec une épreuve qui, dans les reins et les cœurs de beaucoup, charriait pourtant plus d’angoisses et de brimades que de souvenirs heureux…
La nouvelle n’aura pas rempli d’aise que les champions, qui afflueront de partout : vingt départements et cinq pays se sont d’ores et déjà invités en Flandre intérieure pour composer l’un des plus beaux parterres orthographiques des vingt dernières années. Mais se mêleront à cette Dictée des géants nombre d’amateurs rassurés par le plus strict anonymat, et à qui le règlement laissera toutes leurs chances…
Nos lecteurs auront toutefois compris que le principal sera d’être là, pour serrer la main de celui qui leur parle ici de langue depuis trente ans. Croyez qu’il en sera le premier honoré.




