Lille, la ville où le négoce est roi ?
C’est le genre de formule auquel on peut toujours s’attendre dans le sillage d’une Braderie, surtout sous la plume du journaliste soucieux de fournir au « marronnier » par excellence quelques nouvelles pousses…
Pour autant, le mot négoce serait-il le terme ad hoc ? Étymologiquement parlant, pas vraiment. Le drôle descend du latin nec otium, qui signifiait littéralement « pas de loisir ». Et si beaucoup vous confirmeront, pour l’avoir expérimenté, que le parcours du chineur n’est pas de tout repos, il ne saurait néanmoins être considéré comme un travail : il y aurait moins de monde, surtout en ces temps où la suppression du moindre jour férié déclenche un tollé…
Sur le terrain sémantique, le vocable ne semble pas plus indiqué. Le Trésor de la langue française précise en effet qu’il « tend à vieillir et à ne désigner guère plus que le commerce de gros, les activités des organismes financiers, des intermédiaires commerciaux et de l’import-export ». On en arrive rarement là sur le pavé lillois. Quant à la spécialisation péjorative dont il est fait état (« trafic honteux, spéculation suspecte »), elle n’est pas davantage de saison, Dieu merci !
Cela dit, on a connu plus pendable. Voilà belle lurette que, sous l’influence de l’anglais to negotiate a curve, le monde de la formule 1 négocie… des virages. Cette extension de sens, probablement due au fait qu’à grande vitesse il se révèle aussi délicat de prendre certains desdits virages que de faire baisser le prix d’un gramophone, n’étonne plus que l’Académie : les curieux auront remarqué que, dans la neuvième édition de son Dictionnaire, elle ne l’a toujours pas entérinée.
Mais il y a pis : depuis lors, la gomme a déteint sur le cuir et c’est dans la bouche des commentateurs de football que l’on négocie à tout-va, et pas seulement durant le mercato. Il suffit de parcourir la Toile pour s’en persuader : « Mal négocier un ballon anodin à force de trop anticiper, c’est le cauchemar de tout gardien », « Sur la photo, on peut voir le Belge négocier un ballon aérien »… De grâce, laissons les agents négocier en coulisse et fichons la paix au ballon !




