Devant le « crash »,
faut-il vraiment s'écraser ?
S’il est un domaine où l’on n’est pas près de « choose French », c’est bien celui de la catastrophe aérienne : le « crash » y règne en maître absolu, comme l’a tragiquement confirmé le dernier des déboires de Boeing.
Si, en effet, le verbe fait de la résistance (il arrive encore qu’un avion « s’écrase » dans les colonnes de la presse francophone), le substantif a depuis belle lurette — et définitivement, c’est à craindre — rentré le train d’atterrissage. Que peut notre lourdingue « écrasement au sol », on vous le demande, face à un monosyllabe onomatopéique qui parle à l’oreille autant qu’au cerveau ?
Certes, l’aréopage du quai Conti (qu’en dépit du contexte nous n’aurons garde de rebaptiser « aéropage », de peur que Mars ne nous attaque !) est entièrement dans son rôle quand, dans la dernière édition de son Dictionnaire, il plaide, lui, pour le « fracassement » : « Doit être préféré, tonnent nos immortels, à l’anglais crash. » On ne parierait pas pour autant sur nos chances de trouver, à la suite du drame susmentionné, un seul article rappelant que, pour la firme de Seattle, c’est déjà le dixième… fracassement d’importance en une douzaine d’années !
La triste vérité, c’est que les Français semblent avoir trouvé là un moyen de « se shooter » à un ash moins nocif pour leur santé que l’autre. En témoigne leur propension bien connue à traquer sur les plateaux de télévision clashs plutôt que disputes et altercations, à payer en cash plutôt qu’en liquide, à courir les ventes flash plutôt que les offres à court terme, à voir un rash dans une éruption cutanée transitoire, à trouver trash ce que l’on se serait borné naguère à juger agressif ou choquant. Sans parler du bashing qui supplante de plus en plus le dénigrement, ni du brainwashing qui, jusqu’au sommet de l’État ces dernières semaines, tend à éclipser notre bon vieux lavage de cerveau.
Maigre consolation, l’allemand n’est guère mieux loti : son krach, qui connut son heure de gloire il y a près d’un siècle du côté de Wall Street, se mue plus souvent qu’à son tour, désormais, en crash boursier.
Rien à faire, on vous dit !




