Trente ans ! de quoi se mettre
sur son trente et un, non ?
D’aucuns se pinceront pour y croire, mais c’est bien au 16 juin 1995 que remonte notre premier rendez-vous ! De bimensuel qu’il était d’abord, il est devenu hebdomadaire, puis le dimanche a remplacé le mardi…
L’occasion de remercier La Voix du Nord d’avoir, dès sa création ou presque, offert cette tribune à la langue française : trente ans de chroniques pour ce qui concerne votre serviteur, c’est plus qu’Alexandre Vialatte à La Montagne, qu’Antoine Blondin à L’Équipe, que Bernard Pivot au Journal du dimanche… Mais, selon la formule consacrée, rien de tout cela n’eût été possible sans la fidèle présence de nos lecteurs, lesquels ont démontré là qu’ils n’étaient rien moins que rancuniers : ce français qui les châtie bien, ils l’aiment bien !
Le moment ou jamais, aussi, de s’interroger sur la locution qui nous tient lieu de titre, laquelle, si elle nous parle depuis près de deux siècles, reste pour le moins discrète sur ses origines. Quand cette façon de revêtir ses plus beaux atours remuerait en nous des images du réveillon de la Saint-Sylvestre (une circonstance que l’on affronte rarement, c’est vrai, en marcel et en bermuda), on s’est toujours perdu en conjectures à son sujet. D’aucuns ont voulu y voir une référence au trente-et-un, ce jeu de cartes où le total de points à atteindre est justement celui-là ; d’autres préfèrent parier sur une déformation du trentain, « drap de luxe dont la chaîne était constituée de trente centaines de fils » et qui n’était porté que dans les grandes occasions ; le regretté Claude Duneton avançait pour sa part dans sa Puce à l’oreille que « l’usage soldatesque pourrait faire pencher l’hypothèse vers le numéro oublié d’une tenue de cérémonie dans les uniformes, mais sans que l’on puisse avancer l’ombre d’une preuve ». Cela fait beaucoup de pistes dans une science aussi peu exacte que l’étymologie, au sein de laquelle l’abondance de biens nuit presque toujours !
Ajoutez à cela qu’au fil du temps on s’est mis aussi sur son 18, son 32, son 36 au Québec, son 51 chez Balzac… Bref, ce n’est plus même comme on le sent, c’est comme on le compte !




