De Racine à Yoann Riou :
« ne plus avoir son destin en main »
Si les voies du Seigneur demeurent impénétrables, l’observation du langage permet souvent, sinon d’en infléchir le cours, du moins d’en deviner le tracé. Témoin l’expression qui nous sert de titre ce dimanche.
Voilà ce que, jadis, on aurait dit d’une Phèdre écrasée par une fatalité qui la dépasse. Notre théâtre classique est plein de ce fatum qui réduit les efforts des mortels que nous sommes à de vaines et pathétiques velléités. Que dirait Racine s’il revenait d’outre-tombe pour constater que le destin, personnage principal de ses tragédies, fait désormais les beaux jours des journalistes de sport ?
N'allez pas croire en effet que, si la tournure fait aujourd’hui florès, ce soit pour décrire les affres d’un otage à la merci de ses ravisseurs ou d’un naufragé qui ne compte plus que sur l’arrivée des sauveteurs pour survivre. Le cas le plus fréquent est, de très loin, réservé à une sélection ou à un club qui, même s’ils venaient à remporter toutes les rencontres qui restent prévues à leur calendrier, ne seraient pas assurés pour autant de la qualification. L’atteste cette équipe de France féminine de football, décrite partout, à la suite de son récent match nul face aux Pays-Bas, comme « n’ayant plus son destin en main » : comprenez qu’il lui faudra placer ses espoirs dans une contre-performance de ses rivales au classement.
« Grandeur et décadence ! », maugréeront les pisse-froid qu’agace ce nouveau cliché de la prose journalistique et pour qui cette mésalliance des dieux de l’Olympe avec ceux du stade ne constitue pas vraiment une promotion. « Plutôt une bonne chose », objecteront les éternels optimistes prompts à rappeler que, ledit sport n’étant qu’« une continuation de la guerre par d’autres moyens », le temps que le destin gaspille ainsi à nous priver d’un trophée ne sera pas consacré à ourdir des plans autrement funestes…
« Dommage que cela ne suffise pas toujours ! », regretteront pourtant les réalistes échaudés par le contexte international : combien sont-ils, par les temps qui courent et les missiles qui volent, à n’avoir plus, et pour de bon ceux-là, leur destin en main ?




