Quand faut y aller, faut y aller !
Provoc et pub ont toujours fait bon ménage. En témoigne le slogan — oserons-nous dire culotté ? — retenu pour la récente campagne de sensibilisation au dépistage du cancer colorectal : « Va chier ! »
C’est que (message subliminal que l’on aura eu tôt fait de décrypter), quand la vie est en danger, l’heure n’est plus aux tournures académiques. Fi de l’excrétion, de la défécation, voire de l’exonération qui fleure bon — là encore, façon de parler ! — le discours ampoulé d’un Knock : chacun est dans ce cas renvoyé à ses fonctions primaires, qu’il n’est plus temps d’édulcorer. Certes, plus d’un eût trouvé autrement élégant, pour souligner l’urgence de la chose, un « Secouez-vous les fèces ! » D’autres, c’est probable, auraient plutôt opté de leur côté pour une parodie de l’actuelle réclame pour la cynégétique, du type « Quand on va à la chasse, on trouve sa trace ! » Mais ne sied-il pas, en la… matière, de toucher tous les publics en essuyant large ?
Quoi qu’il en fût, pouvait-on offrir au chroniqueur de langue enclin à se remettre en selle meilleure occasion de rappeler, aux esprits constipés et un brin « cucul prout-prout », que ce chier que nous ne saurions entendre descend, en ligne aussi droite que le permettent les circonvolutions intestinales, du latin cacare ? Il n’en manquera sans doute pas pour regretter que l’on ne soit pas contenté du seul Va : la Toile est pleine de ces rumeurs selon lesquelles notre banal et passe-partout Comment ça va ? devrait beaucoup, à l’origine, à l’obsession de nos ancêtres pour la régularité du transit : aller, c’était d’abord aller aux cabinets, afin de conjurer la hantise de l’occlusion intestinale ! Ce n’est là qu’une hypothèse, mais, quand on en tient une aussi belle, pourquoi diable se casser l’étron pour lui en opposer une autre ?
Cela étant, il ne sera pas dit que nous aurons profité du contexte pour donner ici dans la diarrhée verbale ! Nous préférons de beaucoup prêcher d’exemple et répondre à l’appel en lançant, à l’instar de Patrick Fiori et de Florent Pagny, un enthousiaste et pétaradant « J’y vais ! ».




