« Il n'y a pas de sujet ! » :
le dernier-né de ces tics un peu toc...
Pour le chroniqueur qui aime à laisser traîner l’oreille, en quête de nouveaux usages, l’émergence d’un tic de langage est toujours un moment privilégié, où se mêlent surprise, émerveillement et agacement…
Depuis que nous sommes à la barre de cette rubrique, en avons-nous évoqué, de ces formules passe-partout répétées jusqu’à plus soif, d’autant plus entendues qu’elles ne disaient rien ! En dresser ici une liste, même partielle, équivaudrait à voir redéfiler sa vie : à la limite, au niveau de, en fait, c’est pas évident, je dirais, quelque part, tout à fait, voilà, tu vois, pas de souci, improbable, divers et variés, juste, hors sol, dédié, a minima, à date, de base… Jusqu’aux monosyllabes (trop, quoi, sur), jusqu’aux interjections (Oups !, Waouh !) qui ont apporté leur pierre à cet édifice aussi pérenne que bancal. Pour un peu on en viendrait, tel le sachant face à la pandémie naissante, à rêver d’identifier le patient zéro, celui par qui le scandale est arrivé, celle par qui l’opportunité s’est substituée à l’occasion.
Dernier en date (cela dit sans garantie scientifique aucune, tant il est malaisé de déterminer l’instant précis où, par exemple, la bonne année est devenue belle), ce sujet qui, plus encore que ses homologues du bac, fuite aujourd’hui de partout : c’est l’écrivain Olivier Norek qui remarque que « L’écologie, ce n’est pas UN sujet, c’est LE sujet » ; Bruno Genesio qui affirme, dans un entretien accordé à La Voix du Nord, qu’il est « sous contrat jusqu’en juin 2026 et qu’il n’y a pas de sujet par rapport à [sa] présence ou non sur le banc » ; Éric Coquerel qui, au micro de RTL, déclare : « La vision intégriste de la religion, il faudrait savoir en quoi c’est un sujet qui, quelque part (!), mérite d’être posé. »
Certes, les linguistes nous diront que ce n’est pas un sujet, justement, et que ces tics ne constitueront jamais que l’écume de la langue. Nous pensons pour notre part qu’ils en disent beaucoup sur celle-ci, et sur le rapport qu’entretiennent avec elle ceux qui la parlent. Et puis, l’écume, n’est-ce pas, pour paraphraser le père Hugo, le fond qui remonte à la surface ?




