On a beau dire, on a beau faire...
ça ne rentre toujours pas !
Il est des fautes qui, plus que d’autres, étonnent par leur résilience. Celle que l’on rencontre dans le sillage de la tournure « avoir beau » est du nombre. Tout plaidait pourtant pour une éradication rapide.
La fréquence de ladite tournure, d’abord. L’une des toutes premières au palmarès de la langue orale dès lors qu’il s’agit de reconnaître son incapacité à atteindre l’objectif que l’on s’est fixé. Nul ne s’en étonnera, au regard de la concurrence : la solution de rechange à laquelle on pense spontanément pour traduire la même idée de concession, c’est quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse. Mais cette variante, entre l’orthographe à problèmes de quoique/quoi que et le subjonctif qui s’invite dans la foulée, a décidément tout pour… ne pas séduire !
Ensuite, que les deux verbes qui reviennent le plus souvent dans le sillage de la locution (notre titre le souligne assez) soient dire et faire — à savoir des verbes du troisième groupe qui ne laissent planer aucun doute sur le mode utilisé — aurait dû jouer favorablement : viendrait-il à l’idée de quiconque d’écrire qu’« Emmanuel Macron a beau dit et beau fait, ses partenaires européens traînent les pieds » ? Pourquoi faut-il donc que l’usager (il suffit pour en juger de hanter les forums de la Toile) dérape régulièrement en substituant à l’infinitif réglementaire un participe passé, quand le verbe qui suit est du premier groupe ?
Cette faute grossière (qui tient sans doute au fait que le « a » qui précède est pris, non pour le verbe avoir, mais pour l’auxiliaire d’un temps composé) n’est pas seulement le fait du citoyen lambda. On la trouve sur des sites d’information qu’a priori on eût pu penser à l’abri de tels barbarismes : Le Parisien (« “Il est temps de laisser Ronaldo tranquille”, a beau lancé le sélectionneur portugais. Rien n’y fait ») ; Libération (Le Premier Ministre (…) a beau répété qu’il va gagner, le cœur n’y est pas ») ;
Voilà qui vient tempérer l’idée, accréditée par nos réformateurs et linguistes atterrés, que le français est une langue difficile qu’il importe de simplifier : quantité de nos erreurs restent — hélas ! — dues à l’irréflexion. Point besoin de confier la chose à l’IA : notre intelligence naturelle devrait suffire à la tâche…




