Splendeurs et misères
d'un Bureau ovale...
à géométrie très variable !

< dimanche 9 mars 2025 >
Chronique

Les mots nous mentent. C’est peut-être là le principal enseignement de l’ahurissante séquence qui, sous les yeux du monde entier, a mis récemment aux prises Donald Trump et Volodymyr Zelensky…

Tout plaidait pourtant, dans le décor ô combien convenu du fameux « Bureau ovale », pour une rencontre à fleurets mouchetés. Emmanuel Macron et le nouveau locataire des lieux, lequel venait tout juste de renouveler son bail, s’y étaient fait, quelques jours plus tôt, force ronds de jambe en s’écrabouillant les phalanges et en se tapant ostensiblement sur le bide, alors même qu’ils n’étaient d’accord à peu près sur rien. Les habitudes de la diplomatie, un milieu où l’on se congratule sur le perron avant de se déclarer la guerre les marches à peine descendues, ont toujours été celles-là et Jean Giraudoux, dans La guerre de Troie n’aura pas lieu, le soulignait, non sans une certaine ironie : « Le privilège des grands, c’est de contempler les catastrophes d’une terrasse. »

Surtout, c’est l’adjectif ovale qui inspirait confiance. Est-il au royaume de la géométrie, on vous le demande, figure qui permette plus sûrement… d’arrondir les angles ? Aux sommets acérés du Pentagone le soin de montrer sa force en suggérant que l’on peut frapper à tout moment et dans tous les azimuts, au Bureau ovale et à son cadre cosy celui de laisser croire que tout tourne rond : après tout, tant que les canapés restent moelleux, il y a de l’espoir !

Mais ce à quoi l’on a surtout assisté, l’autre vendredi, c’est à la déroute de ladite géométrie. Le Bureau ovale est soudain devenu, pour Zelensky, un lieu où l’on se faisait faire la tête au carré, quand en placer une relevait littéralement de la quadrature du cercle… Quant à Trump, il a surtout cherché à montrer ses trapèzes ! L’étymologie ne sort pas davantage grandie de l’aventure. L’œuf (du latin ovum) dont elle nous vendait jusque-là le côté rassurant et protecteur n’a pas survécu longtemps au choc des images : si œufs il y avait bien sur la moquette de la Maison-Blanche, ils sont apparus irrémédiablement brouillés, l’un ne cherchant qu’à envoyer l’autre s’en faire cuire un troisième…

Finalement, il n’y avait que nos Bleus du XV de France pour pouvoir prédire ce qui sortirait de ce Bureau ovale. Eux savent combien leur ballon est imprévisible et connaissent depuis toujours la traîtrise de ses rebonds. Auront-ils eu raison de ses caprices, hier, à Dublin ?