Quand la métaphore
se fait indûment griller
par l'inculture orthographique...
Il arrive que le plus sérieux des langages, entendez le médical, fasse (mais oui !) dans le poétique. Témoin cette cage thoracique dont, il y a longtemps déjà, on avait cru judicieux de faire un « gril costal »…
Reconnaissons ici que l’image ne manquait pas de pertinence, et que la comparaison avec l’« ustensile de cuisine formé d’une grille métallique placée au-dessus d’un foyer ou plaque de fonte permettant une cuisson à feu vif » (le Petit Robert dixit) tenait la route. Elle a d’ailleurs remporté un vif succès chez nos praticiens, lesquels s’en gargarisent à l’écrit comme à l’oral.
Ce que l’on n’avait pas prévu, c’est que la meilleure des idées pouvait vite sombrer dans le ridicule, pour peu que l’inculture ambiante et le laisser-aller orthographique que l’on sait finissent par la priver de tout fondement. Pouvait-on prévoir en effet que notre gril ancestral, forme masculine de grille, se verrait bientôt noyauter par le grill(-room) de nos voisins d’outre-Manche et que, par la grâce d’une improbable confusion entre l’instrument décrit plus haut et le restaurant de grillades, on n’hésiterait plus le moins du monde, aujourd’hui, à mettre quelqu’un sur le… grill ?
Il suffit d’une incursion sur la Toile pour se faire une idée des dommages collatéraux que ladite confusion aura coûtés à notre valeureux gril costal, impunément rebaptisé « grill costal » sur plus de vingt pages ! Et n’allez pas croire que cette horreur soit le fait d’usagers lambda, qui s’expriment très et trop librement sur des forums ouverts à tous : la bourde pullule sur les sites d’étiopathes, de radiologues, d’échographistes, d’anatomistes et de chirurgiens, bref de tout ce qu’à bon droit l’on serait tenté de classer parmi les « sachants ».
De récentes études menées dans les pays de l’OCDE viennent de nous remettre sur le (vrai) gril en révélant que le niveau de compréhension de l’écrit, en France, est inférieur à la moyenne internationale. Point n’était besoin d’elles pour le mesurer : il n’est que d’écouter ce qui se dit autour de nous, et surtout de lire ce qui se publie, pour nous en convaincre. L’effondrement de l’orthographe que l’on nous présente depuis des lustres comme un épiphénomène sans rapport avec l’intelligence (ah ! la « science des ânes » !) n’était en réalité que le signe avant-coureur d’une faillite autrement globale.
Ce bon Boileau était en dessous de la vérité : ce qui se conçoit bien… non seulement s’énonce clairement, mais encore s’écrit correctement !




