En matière d'anglomanie,
le pire n'est pas toujours... sécure !
On n’explique que trop souvent, et pas toujours à tort, notre attirance coupable pour les mots d’outre-Manche par leur concision sans pareille. Il n’en reste pas moins que la justification est elle-même un peu… courte !
Si c’était là, en effet, sa principale motivation, on se demande comment l’usager pourrait, de plus en plus, préférer le sécure à notre monosyllabique sûr ! Partout on nous parle d’un « écosystème numérique sécure », d’un « passeport électronique sécure et valide », et même, à la météo, d’un « ciel pas trop sécure » ! Une véritable épidémie, comme seules savent s’en inventer les modes langagières.
Il se trouvera certes de bonnes âmes pour apercevoir le verre à demi plein derrière celui que l’on a déjà plus qu’à moitié vidé. En convoquant l’étymologie d’abord, pour constater qu’elle n’est pas bafouée dans l’aventure, au contraire, puisque notre bon vieux sûr descend lui-même, par l’escalier de service, du latin securus. Il s’agirait donc, tout au plus, d’un salutaire retour aux sources ! Ce ne serait pas la première fois, après tout, qu’un mot courant de notre lexique, issu de l’évolution populaire du langage, se découvre un faux jumeau « savant » — entendez par là que ce dernier est le résultat, beaucoup plus proche de l’original, d’une reconstruction a posteriori (pas... sûr qu’on échappe là au pléonasme !). Ainsi de l’adjectif fragile qui est venu renforcer frêle, du verbe mastiquer qui a mis les bouchées doubles pour escorter mâcher, du nom cavalier qui a sauté en croupe derrière le chevalier !
Dernier exemple en date, quasi superposable à celui du jour, le couple mûr/mature, sur lequel, il faut bien l’avouer, plus grand monde ne se retourne. Une aubaine pour nos optimistes, qui chercheront à transformer l’essai en faisant valoir que ce clonage contribue à la clarté du message. Mature s’appliquerait surtout au psychologique, quand mûr ferait davantage dans le « multitâche » ! De même, n’est-il pas vrai que notre sûr mangeait à plus d’un râtelier, à commencer par ceux de la certitude et de la sécurité ?
Il en faudrait pourtant plus pour attendrir l’Académie, laquelle, pour l’heure, voit surtout dans ces sécure et insécure une ingérence supplémentaire d’Albion : ce « sont des anglicismes, précise-t-elle, que l’on ne doit pas employer pour sûr, de confiance ou dangereux, qui n’est pas sûr. » Il ne reste plus qu’à se faire entendre de Larousse et des dictionnaires en ligne, dont l’acuité auditive ne semble plus vraiment… sécure.




