ON EN PARLE
Quand la maire monte...

Numéro 549
mars 2026
Loin de nous l’idée de rallumer un combat d’arrière-garde, l’Académie s’étant de guerre lasse ralliée à ce que ses derniers secrétaires, le perpétuel Druon comme la perpétuelle d’Encausse, avaient d’abord âprement combattu : la féminisation des noms de titres et de métiers ne fait plus débat dans l’absolu, quand bien même l’usager du français aurait, plus souvent qu’à son tour, à s’en arranger dans les détails. N’est-il pas entendu depuis toujours que le diable se complaît davantage dans ceux-ci que dans celui-là ?
Votre serviteur entend récemment parler à la radio de « la mère de Véro ». Son premier réflexe est de se demander qui est cette Véro, et de quoi a bien pu se rendre coupable celle qui lui a donné le jour. Le contexte ne l’aidant en rien, il finit par comprendre qu’elle n’a rien à voir avec le diminutif d’une quelconque Véronique, mais renvoie bien plutôt à une commune de l’Île de Beauté, celle-là même où l’ancien cadre du FLNC Alain Orsini a trouvé la mort en janvier, alors qu’il assistait aux obsèques de sa génitrice. Un Vero, donc, sans autre accent que le corse.
Ce n’est qu’alors que l’auditeur lambda « réalise » (puisque le Petit Larousse — sous la pression des sportifs qui, leur performance accomplie, ont du mal à le faire — cautionne désormais ce sous-marin d’Albion longtemps voué aux gémonies des puristes) que l’intéressée était moins la mamma du coin que le premier magistrat du village !
Nous n’avions donc pas tort de prédire, dès 2008, que, si « la ministre » avait toutes les chances de passer comme une lettre à la poste (voire mieux, mais n’ayons garde de persifler !), il n’en irait pas forcément de même pour « la maire » : « C’est que la mère Michel, écrivions-nous dans La Voix du Nord, est passée par là. Et, plus tard, qui lui a piqué la Vedette, la mère… Denis ! Comment oublier que mère a longtemps été — et reste — une appellation familière dont on use à l’égard d’une femme d’un certain âge ? Il y a là, convenons-en, de quoi tempérer les ardeurs des plus féministes… »
À la lumière de l’anecdote qui précède, force est de reconnaître que nous ne croyions pas si bien dire, et n’allions d’ailleurs pas assez loin : l’homonymie ne faisait pas courir en l’occurrence le seul risque de l’inélégance un poil sexiste, ce qui est déjà considérable, mais encore, dans certains contextes, celui de l’équivoque et de l’ambiguïté ! Ce qui est bien pis pour une langue qui se pique, dans sa grammaire comme dans son orthographe, de privilégier, autant que faire se peut, la compréhension immédiate du message.
D’aucuns iront jusqu’à regretter que l’on ait un peu vite écarté l’hypothèse de la mairesse, sous prétexte que, dans une société d’avant la parité où la femme n’avait pas la place qu’elle méritait, ledit vocable renvoyait à… l’épouse de l’élu. Le drame est qu’en matière de langue une incohérence en cache souvent une autre !


