ON EN PARLE
Honni soit qui mâle y pense...

Numéro 545
octobre 2025
Difficile d’ouvrir le débat serein que réclamait récemment Élisabeth Borne, autour de la devise qui orne le fronton du Panthéon. Ces « grands hommes » auxquels la patrie crie sa reconnaissance seraient, à l’en croire, un message contre-productif qui ne permettrait pas aux jeunes filles qui lèvent les yeux de « voir la société reconnaître pleinement leur place dans son histoire ».
La ministre de l’Éducation nationale (il y a peu, on aurait encore dit « le ») devait s’attendre, en pleine rentrée d’un système éducatif que beaucoup voient s’en aller à vau-l’eau, à quelques sarcasmes. Entre la violence, le harcèlement, le manque croissant de professeurs que l’on remplace au pied levé par des contractuels aux compétences parfois incertaines, une baisse de niveau telle que nos écoliers (pour ne parler que des mathématiques) se classent désormais entre leurs homologues du Kazakhstan et du Monténégro, une profession à la fois outragée, brisée et martyrisée, on a beau jeu de se demander s’il n’y avait pas d’autres urgences à prendre en compte. Les symboles, et le littéraire que nous sommes sera le dernier à le contester, ont certes leur importance. Mais, outre que les jeunes filles qui remontent aujourd’hui la rue Soufflot ont plus souvent les yeux braqués sur leur portable que levés sur l’illustre façade, Marie Curie, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Simone Veil et Joséphine Baker ne sont-elles pas les preuves — nous allions écrire vivantes ! — que la normalisation est en cours ? Puissions-nous enregistrer les mêmes avancées sur chacun des problèmes ci-dessus évoqués !
Le chroniqueur de langue qui se respecte évitera néanmoins ces esquives faciles pour s’en tenir au fond. Il faudrait, propose Mme Borne, « dégenrer » la devise du Panthéon. Cette fois, c’est le cartésien qui s’étonne : y avait-il moins « genré » que ces hommes ici voués aux gémonies ? Avant d’en arriver à l’« être humain de sexe masculin », le Petit Larousse livre du mot homme trois acceptions des plus neutres : « être humain considéré par rapport aux autres espèces animales », « l’espèce humaine en général », « membre de l’espèce humaine ». Le Petit Robert enfonce le clou : « être (mâle ou femelle) appartenant au règne animal. Quant à cette assemblée de vieux mâles qu’a longtemps été l’Académie, elle ne laisse pas planer le moindre doute dans sa dernière édition : « être humain de l’un et l’autre sexe pour, précise-t-elle, désigner l’espèce humaine en général ».
Qui « genre » le plus ? L’homme du Panthéon qui, fidèle à son idéal de fraternité (faudra-t-il également passer à sororité ?), ne fixait aucune borne entre les sexes et usait d’un même mot pour tous ? Ou les binaires d’aujourd’hui, qui cultivent la différence au risque de tuer un peu plus la communion ? À cette aune, à quand un roman de Saint-Ex rebaptisé Terre des hommes… et des femmes ?


