Magasin, magazine :
l'étymologie, quel bazar !
Nouvelle maquette oblige, votre chronique dominicale a troqué la routine de la « Vie quotidienne » contre les paillettes du « Magazine » : l’occasion rêvée d’un point sur ce dernier mot !
L’orthographe, d’abord. Ce n’est sans doute pas la faute la plus répandue qui soit, mais il n’est pas rare que, sur la Toile, une célébrité fasse la une d’un « magasine » ou, à l’inverse, que des éléphants se retrouvent dans un « magazin » de porcelaine. C’est que ces deux mots se ressemblent trop pour ne point s’assembler de temps à autre, au grand dam des professionnels de la mnémotechnie, lesquels ont tout ce qu’il faut en… magasin : ne vont-ils pas répétant que magazine accueille un « z » tout comme son synonyme la gazette, et magasin le « s » qui inaugure son descendant le supermarché ?
Mais s’il suffisait d’être bardé d’astuces pour devenir irréprochable en la matière, cela se saurait : à quand un moyen mnémotechnique pour se souvenir, au moment opportun, que l’on dispose d’un… moyen mnémotechnique pour ne point faillir ?
De surcroît, l’étymologie, quand elle nous aiderait la plupart du temps, ne nous est cette fois d’aucun secours : elle ajouterait plutôt au coït susdit un caractère carrément incestueux ! Figurez-vous en effet que les paronymes dont on parle ont une origine commune, à savoir le pluriel de l’arabe makhzin, « entrepôt ». Las ! si le français a alors fait preuve de suffisamment d’indépendance pour imposer son « s » à un magasin qui prendrait bientôt le pas sur sa rivale la boutique, il n’allait pas, tant s’en faut, faire preuve de la même résilience quelques siècles plus tard, devant le « magazine » venu d’outre-Manche pour désigner — par métonymie, probablement — la « publication périodique, généralement illustrée », que vous savez.
Le comble, c’est que ce magazine-là avait tout du retour à l’envoyeur puisqu’il s’inspirait sans vergogne de notre… magasin ! Devant le cheval de Troie, Virgile faisait craindre à Laocoon les Grecs, même porteurs de cadeaux. Nous, c’est quand ils nous les rendent que nous devons craindre les Anglais !




