Une leçon d'étymologie
donnée à ciel ouvert
au Stadium de Toulouse
Un militaire chargé d’apporter le ballon du match a vu son parachute s’accrocher à la structure du toit : évacuation d’une partie des spectateurs, pompiers dépêchés sur place et coup d’envoi décalé de quarante minutes !
Les poètes que comptait l’assistance n’auront pas manqué de sourire à ce temple du rugby transformé en arène de basket, ledit parachute pendouillant pour la circonstance avec un faux air de gigantesque panier. Les philosophes se seront dit de leur côté que l’incident était hautement symbolique d’un sport aux rebonds toujours imprévisibles. Quant à l’auteur de ces lignes, qui avait cru trouver devant son poste un entracte bienvenu à son pensum linguistique, il s’est vu rattraper là par la patrouille étymologique.
Quelle occasion de rappeler en effet la curieuse ambivalence du préfixe para- au sein de notre lexique ! Voilà un élément qui nous vient tout droit de la préposition grecque para, laquelle signifiait « auprès de », pour exprimer la contiguïté et l’appartenance à un domaine proche : ainsi se conçoivent le parasite, qui mange à côté de vous et se nourrit à vos dépens ; la paraphrase, développement explicatif pompeux (et souvent inutile) en marge de ce qui est exprimé ; ainsi, bien sûr, qu’un paramédical qui n’est plus à présenter. Occasionnellement, et parce que ce qui se ressemble est loin de toujours s’assembler, la proximité ci-dessus évoquée peut également dégénérer en contradiction : le paradoxe, pour ne citer que lui, s’oppose à la doxa, à savoir l’opinion communément admise…
Mais là n’est pas la seule origine de notre préfixe, le verbe latin parare (« protéger ») ayant eu aussi son mot à dire, le plus souvent grâce à l’entremise de vocables italiens. Font évidemment partie du lot nos parachute, parapluie, parasol, paratonnerre, paravalanche et paravent. Ajoutons-y un parapet dont personne n’aura l’idée saugrenue de faire un synonyme familier de paravent : si, à la différence des susdits, il ne nous met pas à l’abri des gaz, il nous protège… la poitrine, celle-là même que l’on retrouve dans le tour figuré in petto !
Pour ce qui est du parapente, c’est la bouteille à l’encre : s’agit-il d’un mot-valise formé sur parachute, comme le pense Robert ? de se protéger de la pente, ce que suggère l’Académie — mais l’écrasement au sol ne représente-t-il pas un autre danger ? ou d’évoluer à proximité, le long de la pente en question ? Les paris sont ouverts !




