Si les homonymes n'existaient pas,
faudrait-il les inventer ?
Non ! s’indignent ceux pour qui ils sont surtout… synonymes de fautes à répétition. Oui ! rétorque celui qui sait (ou fait semblant) : sans eux, un Raymond Devos aurait promptement pointé au chômage…
Et vous, que pensez-vous de ces mots qui s’écrivent (homonymes homographes) ou se prononcent (homonymes homophones) de la même façon pour renvoyer à des réalités totalement différentes ? Un peu des deux, sans doute ? Dans ce cas, lisez le petit texte que nous avons déniché dans un guide pratique Bordas vieux de tout juste soixante ans : « À chaque mess, le pair quittait le cœur où raisonnaient les champs pour se rendre à la chère, qu’on avait exaucée pour palier sa petite taille, et couvrait de brocarts ces prétendus hérauts qui faisaient bonne chair en dévorant des cuisseaux de chevreuil dégoûtants de sauce après leurs chasses à cour, tandis que les pauvres haires des bourres baillaient à leur fumée en écoutant l’écot de leurs corps. »
Si vous avez corrigé sans coup férir les quelque vingt fautes que contenait ce paragraphe pour lui redonner un sens, acquérir le charmant petit livre que Julien Soulié vient de consacrer auxdits homonymes ne relève pas de l’urgence absolue. Mais vous auriez bien tort de procrastiner, tant l’ouvrage traite le sujet par le menu, qui plus est sans oublier d’en sourire. Quant aux autres — nombreux, c’est à craindre —, ils ont beaucoup de chance car, en lisant cet ouvrage, ils joindront à l’agréable le plus qu’utile. Alors, on y va pour le bilan ?
À chaque messe, le père quittait le chœur où résonnaient les chants pour se rendre à la chaire, qu’on avait exhaussée pour pallier sa petite taille, et couvrait de brocards ces prétendus héros qui faisaient bonne chère en dévorant des cuissots de chevreuil dégouttant(s) de sauce après leurs chasses à courre, tandis que les pauvres hères des bourgs bayaient (ou bâillaient) à leur fumet en écoutant l’écho de leurs cors.
À noter que les « cuisseaux de chevreuil », qui ont fait les beaux jours de la dictée de Mérimée, ne constituent plus une faute, les réformateurs de 1990 étant passés par là ! Les élèves ne leur disent pas forcément merci, ayant vraisemblablement assez peu d’occasions d’évoquer les intéressés dans leurs rédactions et dissertations…
100 homonymes de la langue française, par Julien Soulié (Le Figaro littéraire) ; 146 p. 15,5 x 16 cm ; 9,90 € (à paraître le 13 février).




