Cinéma français :
un... joli coup pour la fanfare !
Certes, en transformant « sale » en « joli » pour les besoins de notre titre, nous prenons quelques libertés avec une expression que tout le monde connaît. Dont tout le monde connaît le sens, à tout le moins…
Si chacun sait, en effet, que le tour en question ponctue la survenue d’un événement aussi désagréable qu’inattendu, on peine à justifier le rôle de ladite fanfare dans cette galère : que vient-elle faire là ? Elle n’a pas, Dieu merci pour elle, l’exclusivité des revers de fortune ! Peut-être le doit-elle au fait qu’on l’associe spontanément aux réjouissances et à la liesse populaire alors qu’une « tuile », quelle qu’elle soit, a pour résultat de « climatiser » l’ambiance, comme on aime à dire aujourd’hui ?
Voilà en tout cas qui absout notre manchette iconoclaste : le lecteur aura compris, sans qu’il soit besoin cette fois d’une explication de texte, que nous entendions souligner la part belle que le film d’Emmanuel Courcol faisait actuellement aux fanfares en général et aux Hauts-de-France — leur région de prédilection — en particulier !
Là n’est d’ailleurs pas le seul point d’interrogation qui plane, côté étymologie, sur le mot fanfare. Alain Rey lui-même paraît donner sa langue au chat : « Sans doute d’origine onomatopéique », concède-t-il dans son Dictionnaire historique de la langue française, pourtant plus inventif d’habitude. Non que l’hypothèse manque de crédibilité, l’allitération en « f », consonne qui sue le débordement et l’exubérance, étant bien propre à traduire l’explosion sonore dont les cuivres sont seuls capables. Quant au son « a » qui suit, qu’il constitue en poésie le plus éclatant que puisse produire une voyelle n’est un secret pour personne.
Mais l’exutoire onomatopéique, pour des étymologistes qui ont horreur du vide, ne peut être qu’un diagnostic d’exclusion. C’est à regret que Littré reconnaissait déjà : « Le fait est qu’on ne trouve pas [à ce mot] de racine. » On n’en a pas moins avancé l’arabe fanfara, « agiter ses ailes », que l’on pressent déjà lourd d’esbroufe, et l’ancien espagnol fanfa, lui-même équivalent de notre « vantardise ». Notre fanfare n’ayant pas vocation à faire dans la sobriété, n’était-il pas tentant d’en faire la cousine du fanfaron ?
Une piste réveillée (en fanfare, bien sûr !) par le bruit que fait le film dont nous parlions… Encore que de fanfaronnade il ne saurait y avoir, puisque le succès semble au rendez-vous : une discrète fierté, plutôt ?




